Pirates des Caraïbes 3

La malédiction du Black Pearl, sortie en 2003, entendait plonger le spectateur dans un univers mêlant piraterie, fantastique et loufoquerie. Aventures un peu molles et squelettes un poil ternes servaient mal le comique burlesque de Johnny Depp, en route malgré tout vers un joli trésor au box-office mondial.

Deux ans plus tard, Jerry Bruckheimer supervisait la production simultanée des deuxième et troisième opus, bouclant une trilogie de divertissement familial aux cales pleines d’action.

Pirates des Caraïbes 3  dans Non classé -_pir3Le secret du coffre maudit décevait par son scénario décousu et reposait trop sur la performance de son acteur principal, manifestement très à l’aise dans la peau de ce pantin désarticulé, imbibé de rhum et de malice.

Premier film à dépasser les 100 millions de dollars de recettes en 48 heures, troisième plus gros succès de l’histoire du cinéma, Le secret emportait la mise, sans gagner de pari artistique.

Qu’attendre dès-lors de ce bout du monde, si ce n’est un coup du chapeau (de pirate) commercial ?

Le supermollusque Davy Jones et son vaisseau fantôme massacrent les pirates de tous bords pour le compte de la Compagnie anglaise des Indes orientales.

Face à elle, et comme se joue le sort de la piraterie, les Neuf Seigneurs du Tribunal de la Confrérie doivent se réunir.

Mais l’un d’eux, Jack Sparrow, manque à l’appel. Piégé dans l’Antre de Davy Jones, le fantasque capitaine aura besoin de Will Turner (Orlando Bloom), d’Elizabeth Swann (Keira Knightley), de Barbossa (Geoffrey Rush) et de Sao Feng (Chow Yun-Fat), chacun voguant pour son propre compte…

-_pir6 dans Non classéEmmenant leurs personnages « au-delà des limites du monde connu », les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio, toujours présents sur le tournage (c’est inhabituel à Hollywood), ont voulu les confronter à leurs ambiguïtés.

La gravité qui gagne leur quête de liberté étoffe des caractères jusqu’ici étouffés par les numéros de Jack Sparrow.

L’univers qui se dessine est plus sombre, et l’évolution s’avère salutaire.

Ses aspects morbides, artificiels dans La malédiction, esquissés dans Le secret, donnent ici un sens au fantastique, et servent la psychologie des personnages.

Jack, menacé par la folie, trahit une fragilité qui lui sied bien, et modère un cabotinage qui pouvait énerver.

Son père (interprété par Keith Richards, guitariste des Rolling Stones dont Johnny Depp s’est inspiré pour son personnage), lui rappelle que le plus difficile n’est pas de survivre mais de vivre avec soi-même.

Le capitaine a su entendre la morale paternelle et céder les gags les plus premier degré, destinés à un jeune public auquel ce troisième opus risque de moins plaire, aux personnages secondaires (les duos de pirates et d’officiers, le singe facétieux, …).

Elisabeth est devenue femme, et l’évolution de son personnage donne du relief à la prestation de l’actrice. Will est plus dur, les choix auxquels il est confronté lui imposent une détermination séduisante.

Il souffle sur leur amour impossible, jusqu’ici plus naïf qu’autre chose, un vent de cruauté auquel aucun personnage ne résiste.

Quelques répliques distillent l’amertume qui pourrait empreindre le film, si le show ne l’emportait pas : « Le monde n’a pas changé, il est juste moins riche », constate ainsi un Jack Sparrow étonemment grave.

-_pir2Ces Pirates ne sombrent bien-sûr pas dans la tragédie, et le film s’apprécie avant tout comme le divertissement qu’il est.

 Gore Verbinski répond largement aux attentes du spectateur en livrant plus de 2h30 de grand spectacle : des décors fabuleux, dont une imposante reproduction de Singapour au 18e siècle, des costumes et accessoires soignés, des effets spéciaux maîtrisés et une mise en scène efficace.

L’affrontement final tient à cet égard toutes ses promesses, feu d’artifice visuel assez jouissif et clou d’un spectacle réussi.

Le scénario qui faisait défaut aux deux précédents opus tente ici de rattraper son retard, et la tâche n’est pas simple. D’aucun reprocheront à cette conclusion une intrigue un peu touffue.

Restera de la trame finale l’apologie sympathique d’une piraterie multiculturelle et libertaire, face à un impérialisme aveugle.

Que l’on ne s’y trompe pas, Disney entend bien rester le fournisseur officiel de nos rêves, et n’appelle pas au téléchargement sauvage de ses Pirates…

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